Bulletin de Liaison – juillet 2020

World March of Women - Marche mondiale des femmes - Marcha Mundial de las Mujeres

Préparer la clôture de notre 5e action internationale

Dans la plupart de nos pays et territoires, la pandémie de coronavirus a aggravé la crise socio-économique et environnementale déjà installée, et sa situation de profonde inégalité – résultat de l’austérité et des coupes dans les politiques publiques et d’une énorme précarité de la vie. Dans le même temps, la réponse des gouvernements à la pandémie n’a fait que renforcer et rendre la situation à laquelle nous sommes confrontés plus dramatique.

Début juillet, le Comité International de la Marche mondiale des femmes a discuté de la proposition de clôturer la 5e Action internationale. La difficulté de voyager et d’obtenir des visas empêche l’action de se dérouler comme prévu: un grand rassemblement de femmes de la Marche du monde entier aux frontières entre le Salvador, le Honduras et le Guatemala. Nous préparons actuellement une action décentralisée. Ce sera virtuel là où l’isolement social est encore nécessaire, ou avec des manifestations de rue dans les pays et territoires où les conditions sanitaires le permettent.

Nous ne voulons pas revenir à ce qu’on appelait «normal». Nous avons besoin d’une reprise équitable, fondée sur la solidarité, qui s’attaque aux causes systémiques de la pandémie. Ainsi, à l’issue de la 5ème Action Internationale, nous donnerons la priorité à la question des alternatives féministes, au point de vue de l’économie féministe, aux réponses que nous construisons depuis des années. Nous continuerons également de critiquer et de dénoncer les entreprises transnationales ainsi que les causes et les conséquences de la migration.

Notre voix et notre lutte sont fondamentales pour que les inégalités créées par le capitalisme néolibéral, hétéro-patriarcal, raciste et colonial ne s’aggravent pas davantage dans la période post-pandémique.

Nous résistons pour vivre, nous marchons pour transformer! – notre résistance est notre façon d’exprimer notre existence. Marcher pour la transformation est notre façon de pratiquer et de défendre ce qui soutient la vie. Pendant cette crise pandémique, nous restons fermement convaincus que les solutions ne viendront pas de ceux qui font partie du problème, mais de personnes qui restent attachées aux valeurs et principes qui nous unissent toutes: liberté, égalité, justice, paix et solidarité.

La semaine de clôture de la 5e Action internationale aura lieu du 12 au 17 octobre

Le 12 et le 13 octobre, nous réaliserons le projet pilote de l’école féministe en format virtuel, qui est organisé à partir d’un processus en association entre la Marche Mondiale des Femmes, Grassroots Global Justice (GGJ), Grassroots International (GRI) et Indigenous Environmental Network (IEN).

Du 12 au 16 octobre, nous publierons des documents, des vidéos et d’autres actions virtuelles ou en presence. Chaque jour sera consacré à une région où la MMF est organisée. Nous analyserons la réalité de chaque région dans ce contexte, les actions contre la pandémie et les alternatives en construction, ainsi qu’une réflexion sur la question des sociétés transnationales et des migrations. Les régions s’organiseront pour produire un texte et des vidéos sur la situation locale et les actions de la Marche mondiale des femmes.

Le 17 octobre, nous célébrerons une fois de plus 24 heures de solidarité féministe. L’action sera virtuelle et, si possible, dans la rue. Nous mettrons l’accent sur notre programme pour la durabilité de la vie, de l’économie féministe et en dialogue avec d’autres économies contre-hégémoniques (paysannes, solidaires, écologiques).

L’agriculture paysanne contre la faim pour l’autonomie des femmes

Le 15 mai 2020, la MMF au Portugal et en Galice a organisé une conversation sur un sujet que nous tous qui participons à la Marche Mondiale des Femmes avons en commun, en plusieurs langues : la défense de la souveraineté alimentaire et de l’agroécologie.

La construction de la souveraineté alimentaire est une forme de changer le monde car elle implique la possibilité d’organiser la vie d’une manière différente, depuis la question la plus fondamentale – ce que nous mangeons et comment nous le mangeons – jusqu’au soutien des petits producteurs, la distribution des tâches ménagères afin que les femmes ne soient pas les seules responsables, la construction de politiques d’échange complémentaires entre les pays. C’est une forme de résistance au conservatisme qui cherche à enfermer les femmes dans leur foyer et à les empêcher de devenir autonomes. Et c’est une résistance féministe, car selon la FAO, entre 70 et 75 % de la nourriture que nous mangeons est produite par l’agriculture paysanne, faite en majorité par des femmes. Pour en savoir plus sur ce dialogue, cliquez ici.

À Jalisco, au Mexique, le marché alternatif Flor de Luna, un projet d’économie solidaire créé par l’école féministe Benita Galeana School A.C, est l’un des lieux où cette résistance se produit. Fondé il y a cinq ans par des femmes organisées en réseau, le marché vend des produits frais sans pesticides. « C’est la systématisation d’un long processus d’expériences, de connaissances et d’apprentissage collectif de groupes, d’organisations et de coopératives de femmes à la recherche d’alternatives pour améliorer notre qualité de vie, celle de nos familles, de notre communauté, en liant le soin à la défense de la nature », disent nos sœurs du Mexique.

Construire une communication féministe et populaire

Le conflit sur la communication est au centre de notre lutte. Le néo-libéralisme et les forces d’extrême droite utilisent la désinformation, les fausses nouvelles et la manipulation comme méthode. Nous construisons des pratiques de communication féministes et populaires. Chaque action de communication que nous menons s’inscrit dans cette construction. Une communication sans clôture, qui se fait sous de nombreux formats – affiches, cartes, textes, audios, vidéos – et qui intègre la rue, les réseaux et les champs.

Cette construction est permanente. Depuis quatre ans, nos compagnons de la région Amériques produisent un bulletin qui, en plus de faire connaître les actions, les activités, les expériences et les positions politiques du militantisme dans le continent, constitue une forte expérience de travail collectif. Au Brésil, un collectif formé en 2013 réalise la communication de la Marche. Pour en savoir plus, cliquez ici.

La lutte contre les sociétés transnationales parcourt le monde

La Marche mondiale des femmes s’est mobilisée dans 32 pays et territoires le 24 avril dernier pour organiser 24h de solidarité féministe, une grande manifestation virtuelle contre le pouvoir et l’impunité des sociétés transnationales. Les sociétés transnationales accumulent aujourd’hui plus de ressources que de nombreux pays. Le pouvoir des entreprises dispose de nombreux instruments pour mettre les États et leurs ressources au service du profit et non de la vie des gens, tels que les traités commerciaux et d’investissement et les programmes d' »aide » qui endettent les États et conditionnent leurs politiques. Nous résistons à la financiarisation et à la précarité de la vie, nous parions sur le renforcement de l’économie réelle. Nous marchons pour transformer les modèles d’organisation du travail en moyens de produire de la vie avec égalité, droits et dignité. Pour en savoir plus, cliquez ici.

L’Afrique en première ligne de la résistance

La MMF en Afrique a organisé, le 25 mai, à l’occasion de la Journée de la libération de l’Afrique, le webinaire « Les femmes africaines en première ligne résistent à l’occupation territoriale au milieu de la pandémie du Covid-19 ». L’activité a été organisée par des femmes du Mozambique, de Tanzanie, du Ghana, du Zimbabwe, d’Afrique du Sud, du Sahara occidental, d’Ouganda et du Kenya. Elles ont discuté des défis auxquels les femmes sont confrontées dans la pandémie et des stratégies pour les surmonter.

Les compagnes ont partagé des alternatives au modèle qui, même avant la pandémie, a généré des crises et des inégalités, et les possibilités que nous avons de montrer ces alternatives. Lors de la Journée de la libération de l’Afrique, elles ont salué nos sœurs du Sahara occidental et leur lutte pour la libération de l’occupation marocaine. Pour en savoir plus, cliquez ici.

Nous continuons à nous organiser

Nous continuerons à marcher jusqu’à ce que nous soyons tous libres. Les camarades d’Euskal Herria et de Neuchâtel ont continué à s’organiser et à manifester même pendant l’isolement social, comme nous toutes.Ils ont poursuivi la 5e action internationale, protesté contre la violence et les assassinats sexistes, proposé des réponses axées sur les soins à apporter aux plus fragiles et aux plus vulnérables. « Ils nous bloquent dans nos maisons, mais nous savons que le problème n’est pas le virus, c’est le système capitaliste, hétéro-patriarcal, colonial et raciste qui nous tue et continue à nous opprimer, même avant la crise sanitaire. C’est pourquoi nous avons continué à nous organiser et à chercher de nouvelles formes de mobilisation, dans les réseaux, depuis nos balcons, et même dans la rue », disent nos compagnes d’Euskal Herria.

En Suisse, la grève féministe du 14 juin a eu lieu dans toutes les villes. Des femmes de toutes les générations, orientations sexuelles et origines ont répondu comme à un appel collectif à la grève féministe. « À 15h24 précises, il y a eu un cri de colère intense de toutes parts. Les nombreux slogans écrits sur des panneaux improvisés témoignent de la détermination à s’organiser de manière à aller au-delà de la simple dénonciation de l’injustice et de la violence. Avec ou sans le coronavirus, nous serons là ! Le changement, c’est maintenant ! La pandémie de Covid-19 ne diminue pas notre volonté de résister pour vivre, ni notre détermination à marcher pour transformer ». Pour en savoir plus, cliquez ici.

Dans la lutte pour les droits des femmes et contre l’occupation

Ni l’autoritarisme néolibéral ni le colonialisme ne maintiennent la quarantaine. Et en temps de pandémie, la répression contre les femmes qui résistent s’accroît. Les sœurs de la Marche mondiale des femmes du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord (MENA) nous envoient des nouvelles du Kurdistan, du Liban et de la Palestine, des territoires où l’autoritarisme, la militarisation et les crises économiques se sont intensifiés avant même la propagation du coronavirus. Elles nous envoient également des nouvelles de la résistance. Lisez-le ici.

Nous marchons en solidarité internationaliste

La solidarité est l’un des principes de la Marche mondiale des femmes, motivée par la compréhension que nous partageons toutes une histoire d’oppression, même si celle-ci se manifeste de manière différente dans chaque pays, territoire ou région. Alors que le capitalisme exploite, déprécie et tente de contrôler à tout prix nos territoires, nos corps et nos vies, les femmes organisées au niveau international se donnent la force de changer le monde.

Nous exprimons notre solidarité avec la lutte du peuple des États-Unis contre le racisme et la violence policière ; avec la lutte du peuple palestinien contre l’annexion illégale de ses terres par l’État d’Israël ; avec les combattants et les militants des organisations paysannes de Colombie, où seulement en 2020 84 dirigeants et 24 ex-guérillas en voie de réincorporation ont été assassinés ; et avec le peuple du Mozambique, qui est confronté à un conflit armé et au pillage de ses territoires à Cabo Delgado, en raison de l’exploitation du gaz naturel. Nous exprimons également cette solidarité en participant à des initiatives de mouvements alliés, comme le 1er mai anti-impérialiste et la défense d’une vie décente.

Nous résistons pour vivre, nous marchons pour transformer !